Pourquoi il ne faut pas désirer l’unité à tout prix

Désirer l'unité à tout prix est un moyen naïf de passer à côté de ce sur quoi se fonde toute véritable unité: la vérité.

Je me souviens de cette conversation avec un jeune chrétien. On venait de commencer à échanger sur certains sujets de la foi chrétienne, et il a rapidement voulu me ramener à la raison : « il faut à tout prix éviter de parler de ce qui divise! L’unité est ce qu’il y a de plus important. » Il m’a ensuite partagé combien il était attristé de voir tellement de divisions dans le milieu chrétien, et combien ces divisions ne devraient pas avoir lieu. Il me parlait avec enthousiasme de son désir de voir tous ceux qui se disent chrétiens unis ensemble, en train de mettre leur différence de côté, et d’éviter de parler des sujets qui fâchent.

Je n’étais pas aussi enthousiaste que lui. Cette vision des choses me paraît non seulement utopiste, mais aussi non-biblique. Attention, je ne suis pas en train de souhaiter la division, ou en train de dire que l’unité des chrétiens ne serait pas quelque chose d’important. Loin de là! Mais il serait faux, et non-biblique, de penser que l’unité est ce que nous devrions chercher à tout prix, en évitant de parler de ce qui nous divise.

Car oui, l’unité est importante. Mais cette unité se fait autour de la vérité. Si des gens sont unis, c’est qu’il y a quelque chose qui les lie les uns aux autres, des vérités auxquelles ces gens se rattachent. Donc il ne peut pas y avoir d’unité sans des vérités communes qui sont partagées par tous.

Et pour savoir quelles sont ces vérités, alors il faut nécessairement parler de ce qui nous divise. L’unité viendra justement en discutant, en ouvrant la Bible, et en conformant nos croyances et nos pratiques à la Parole de Dieu. Sans cela, il ne peut pas y avoir d’unité chrétienne digne de ce nom. Il serait triste de s’unir à tout prix avec tous ceux qui portent le nom de chrétien pour réaliser qu’au final, il n’y a aucune vérité ou aucune vérité essentielle que nous partageons et qui fonde cette unité.

C’est pour cela que je dis qu’il est non-biblique de vouloir chercher l’unité à tout prix, c’est-à-dire de viser l’unité au détriment de la vérité. Dans la Bible, Paul n’a pas honte d’appeler Timothée à corriger les adversaires (2 Timothée 2.25), ou d’exhorter Tite à mettre en place des anciens, dont l’un des rôles sera de « réfuter les contradicteurs » (Tite 2.9). Il ne leur demande pas de chercher l’unité à tout prix. En tout cas, pas au prix de la vérité. Lorsque l’erreur est là, il faut la dénoncer.

Bien sûr, toutes les erreurs n’ont pas le même niveau d’importance. Il ne s’agit donc pas de chercher à être 100% d’accord sur tous les points avec un autre chrétien avant de pouvoir s’unir ensemble. De même, toutes les doctrines n’ont pas le même niveau d’importance dans l’Écriture. Il faut donc, en fonction des doctrines et leur niveau d’importance, discerner ce qui est primaire, qui ne peut être rejeté, de ce qui est secondaire, où l’unité peut avoir lieu malgré des différences. (Cela amène à considérer une hiérarchie de doctrines, qui pourrait être le sujet d’un prochain article!)

Cependant, même là où les différences sont secondaires, il serait inapproprié de dire que l’on ne veut jamais en parler. Il ne faut pas avoir peur d’être en désaccord. Notre mission en tant que chrétien est justement de nous conformer au plus près de ce qu’enseigne la Parole de Dieu, et pour ce faire nous avons besoin d’exprimer nos différences, et de débattre. Les débats ne sont pas mauvais. Oui, il y a de mauvais débats, lorsqu’ils sont fait dans une mauvaise attitude, ou dans un mauvais contexte. Mais le débat, en soi, n’est pas mauvais. C’est un privilège de pouvoir « s’aiguiser les uns les autres » (Proverbes 27.17) en échangeant nos idées et nos arguments pour parvenir à la vérité révélée de Dieu.

Pour plus d’unité, il faut donc parler de ce qui nous divise. Il faut aborder les sujets qui fâchent, en ouvrant la Bible et en faisant chauffer nos cerveaux. Bien sûr, il y a de bons contextes pour le faire, et de mauvais contextes. De la même manière, il y a de bonnes et de moins bonnes manières de le faire. Si nous voulons corriger les adversaires, nous voulons le faire « avec douceur » (2 Timothée 2.25), et en nous souvenant que la vérité ne se trouve pas en nous-mêmes, mais dans la Parole infaillible de Dieu. Toutefois, nous ne voulons pas nous laisser tromper: l’unité n’est jamais plus importante que la vérité. Car c’est la vérité qui fondera la véritable unité chrétienne.

Benjamin Eggen

Benjamin a été pendant plusieurs années responsable du mouvement de jeunes La Rébellution, dans le cadre duquel il a écrit les livres Une vie de défis et Soif de plus ?. Après avoir étudié à l’Institut Biblique de Bruxelles, il est maintenant en formation pastorale dans son Eglise locale à Bruxelles. Vous pouvez le suivre sur sa chaîne YouTube ou son compte Instagram (@beneggen).

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