Est-ce que la notion de membre d’Église est vraiment biblique?

Où se trouve l’idée d’être "membre" d’une Église locale dans la Bible? Lorsque l’on pose cette question, on est souvent à la recherche du verset clé, qui va prouver que cette idée est biblique aussi rapidement que l’on prouverait que le salut est par grâce.

Désolé de vous décevoir, mais je n’ai pas ce « verset clé » à vous offrir. Tout simplement parce que je pense qu’il n’existe pas! En fait, raisonner ainsi – chercher le verset clé qui va tout prouver – est erroné. Si l’on appliquait la même logique à la Trinité, par exemple, alors on devrait dire que les témoins de Jéhovah ont raison (je reprends l’exemple de Mark Dever dans Restoring Integrity in Baptist Churches, p.46)! Nous savons que ce n’est pas le cas. La Trinité est biblique, non pas parce qu’il y aurait un verset clé qui prouve tout, mais parce que c’est ce que l’Écriture, dans son ensemble, enseigne.

C’est la même chose avec la notion de « membre » d’Église. (Quand je parle de l’idée d’être « membre » d’Église dans cet article, je fais référence à la notion d’adhésion formelle à une Église locale, peu importe la forme que prend cette adhésion. Je suis conscient que la notion de « membre » peut impliquer beaucoup d’autres choses aujourd’hui dans nos contextes francophones, mais c’est le sujet d’un autre article.) J’aimerais mettre en avant deux concepts bibliques qui impliquent nécessairement la notion d’adhésion formelle à une Église locale, et qui prouvent que cette idée d’être « membre » d’Église est bel et bien fondée sur l’Écriture.

1. L’idée d’être membre découle naturellement de la mise en pratique des commandements du Nouveau Testament sur la vie chrétienne

Dans le Nouveau Testament, nous retrouvons de nombreux commandements de choses que nous sommes appelés à faire « les uns aux autres ». Voici juste quelques exemples:

Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi de Christ. (Ga 6.2)

Supportez-vous les uns les autres et, si l’un de vous a une raison de se plaindre d’un autre, pardonnez-vous réciproquement. (Col 3.13)

Encouragez-vous les uns les autres et édifiez-vous mutuellement. (1 Th 5.11)

Soyez par amour serviteurs les uns des autres. (Ga 5.13)

Ce que nous avons besoin de savoir, c’est envers qui nous sommes censés pratiquer ces choses. Est-ce envers chaque chrétien en général? Non, il semble clair que ces commandements ont été écrits dans le contexte de l’Église locale. Après tout, ce sont à des Églises locales que les lettres qui contiennent ces versets ont été adressées! Nous sommes donc appelés à mettre en pratique ces commandements envers ceux qui font partie de notre Église.

C’est maintenant que la question se pose: qui fait partie de mon Église? Est-ce tous ceux qui fréquentent le culte le dimanche matin? Même ceux qui sont en visite? Même ceux qui viennent quelques dimanches sporadiquement? Même ceux qui n’ont jamais fait profession de foi en passant par les eaux du baptême? Ou alors seulement ceux qui sont dans l’annuaire de l’Église?

En posant ces questions, nous réalisons que la question est complexe, et que l’on ne peut pas y répondre de manière floue. Il faut des limites claires. Nous avons besoin de savoir qui constitue notre Église. Nous avons besoin d’une ligne de démarcation entre ceux qui font partie de l’Église et ceux qui n’en font pas partie. Nous avons besoin, en d’autres termes, de savoir qui sont les membres de l’Église – ceux qui l’ont formellement rejoint.

C’est envers notre Église locale – envers les autres membres – que nous sommes appelés à mettre en pratique ces commandements bibliques. Je ne dis pas, bien sûr, qu’il est mauvais de pratiquer le bien envers des visiteurs, ou envers des chrétiens d’autres Églises locales. Je dis simplement que notre responsabilité première pour ces commandements concerne les membres de notre propre Église.

2. L’idée d’être membre est nécessaire pour pratiquer la discipline d’Église

La discipline d’Église, c’est retirer du sein de l’Église quelqu’un qui, tout en se disant chrétien, vit clairement dans un péché non-repentant. C’est ce que Paul demande aux Corinthiens de faire, face à cet homme qui vivait ouvertement dans l’immoralité sexuelle. Il souhaite « que l’auteur de cet acte soit exclu du milieu de vous! » (1 Co 5.2)

Cet acte de discipline d’Église n’implique pas que l’on empêche l’accès physique aux réunions de l’Église (bien que, dans certains cas exceptionnels, cela puisse être le cas). L’acte de discipline d’Église implique de traiter cette personne « comme le membre d’un autre peuple et le collecteur d’impôts » (Mt 18.17) – c’est-à-dire comme un non-croyant.

Cette personne se dit chrétienne, mais sa vie contredit sa déclaration. L’Église cherche donc à appeler cette personne à la repentance. Cette personne est bienvenue aux réunions de l’Église, mais l’Église ne considère plus cette personne comme un frère ou une sœur en Christ.

Ainsi donc, le « milieu de vous » dont Paul parle ne concerne pas les réunions publiques de l’Église (l’accès physique), mais implique plutôt que les Corinthiens étaient conscients de qui constituait l’Église. L’Église est définie par une limite claire. C’est ce que Paul dit explicitement quelques versets plus loin, quand il affirme qu’il y a « les gens de l’extérieur » et « ceux de l’intérieur » (1 Co 5.12). Il y a une limite explicite qui définit ceux qui font partie de l’Église – ceux qui sont membres – et ceux qui ne font pas partie de l’Église – ceux qui ne sont pas membres.
Ainsi, la notion de membre est indispensable pour la pratique biblique de la discipline d’Église.

Nous ne pouvons pas exclure de l’Église quelqu’un qui n’en fait pas partie! C’est pour cela que nous ne pouvons pas nous limiter à une notion informelle de l’idée d’être membre de l’Église. Il ne suffit pas de dire que ceux qui constituent l’Église sont ceux qui la fréquentent régulièrement (car, qu’est-ce que régulièrement veut dire, après tout?). Nous ne pouvons pas dire que ceux qui se sentent faire partie de l’Église sont ceux qui sont membres (car cela est bien subjectif). Si nous voulons pouvoir pratiquer la discipline d’Église, alors nous avons besoin d’un engagement formel qui définit le fait de devenir membre.

Il n’y a pas de contrainte de nécessairement appeler cet engagement formel « membre ». Ce qui est le plus important est qu’il y ait cet engagement, et que l’on sache de manière claire qui fait partie de l’Église et qui n’en fait pas partie.

2 ressources pour creuser le sujet:


Benjamin Eggen

Benjamin a été pendant plusieurs années responsable du mouvement de jeunes La Rébellution, dans le cadre duquel il a écrit les livres Une vie de défis et Soif de plus ?. Après avoir étudié à l’Institut Biblique de Bruxelles, il est maintenant pasteur-adjoint dans l'Église de Bruxelles-Woluwe. Vous pouvez le suivre sur sa chaîne YouTube ou son compte Instagram (@beneggen).

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